Le Dr Mereb espère que les problèmes d'effectif du CPEF vont pouvoir être résolus car « le nombre des IVG pratiquées est lié à l'information et à la prévention ».
Le nombre d'IVG pratiquées au chef-lieu demeure stable. Le responsable du centre de planification et d'éducation familiale estime toutefois que la prévention est menacée.
CHEF du service d'obstétrique, spécialiste de la procréation assistée, le Dr Emile Mereb dirige également le centre de planification et d'éducation familiale (CPEF) qui est intégré au centre hospitalier. « L'activité d'orthogénie (IVG, contraception) relève de l'hôpital : il y a mutualisation entre le service d'obstétrique et le centre de planification, de sorte que les différents gynécologues se partagent les consultations et assurent les permanences. Deux médecins pratiquent les interruptions volontaires de grossesse (au sein de l'établissement), et des confrères conventionnés peuvent réaliser des IVG médicamenteuses dans leur cabinet, en ville. Mais l'information et la prévention, autre pendant essentiel de l'activité du centre, sont financées par le conseil général. » Or, si le nombre d'IVG réalisées à Charleville reste plutôt stable ces dernières années (lire par ailleurs), le Dr Mereb redoute une dégradation à terme. « Nous avions deux conseillères conjugales : une salariée, une bénévole. Elles pouvaient à la fois recevoir les couples ou les femmes lors de consultations au centre, mais également diriger des séances d'information et de prévention à l'extérieur (dans les établissements scolaires notamment) ou recevoir des groupes. La conseillère bénévole est partie à Sedan (comme salariée) en fin d'année dernière. Elle n'a pas été remplacée. « Conséquence : la conseillère restant (qui doit d'ailleurs bientôt partir à la retraite) n'a plus de temps à consacrer aux séances de prévention. C'est très dommageable, car toutes les études démontrent une forte corrélation entre le nombre et la qualité des interventions de prévention et d'information envers les jeunes (sur la sexualité en général, les modes de contraceptions, les MST) et sur le nombre d'IVG pratiquées. » Autre souci, le poste de psychologue. « La titulaire n'était pas rémunérée en tant que psychologue… Elle a fini par être découragée et a quitté le centre. On sait pourtant, notamment pour les IVG, qu'une prise en charge psychologique peut souvent s'avérer nécessaire. Nous sommes donc amenés à orienter les patientes vers des spécialistes à l'extérieur. » Même profil… Ces questions d'effectif sont d'autant plus regrettables que le centre de planification a intégré « le nouvel hôpital » et bénéficie de conditions matérielles d'accueil particulièrement adaptées et fonctionnelles. Une chose est certaine : le budget du conseil général dévolu au fonctionnement du CPEF a été reconduit pour 2009. Il faut espérer que les recrutements espérés vont pouvoir avoir lieu. Mais avoir une seconde conseillère bénévole, c'est autre chose ! Quoi qu'il en soit, si l'accès à l'IVG à Charleville ne pose pas de problème, contrairement à d'autres régions ou à d'autres établissements, comme l'a dénoncé la députée Bérengère Poletti dans son rapport (lire par ailleurs), les chiffres globaux sont donc stables et le profil des femmes ou jeunes femmes l'est également. « Il y a, bien sûr, des jeunes femmes en détresse (sociale, affective), mais aussi des femmes qui ont mal respecté ou mal compris le mode de contraception adopté ou qui ont parfois été négligentes - « je savais… mais je n'ai pas fait… » - et, enfin, encore trop de cas où l'information de base était insuffisante », souligne le Dr Mereb. Qui conclut : « L'IVG est certes un droit, mais c'est un pis-aller. Tout doit être fait pour éviter d'y avoir recours. D'où mon appel pour que la prévention et l'information puissent être menées à bien. » Philippe Mellet ********************* Bérengère Poletti et les « obscurantistes » Auteur à l'automne dernier d'un rapport « sur l'application de la loi de 2001 relative à l'IVG et à la contraception », la députée UMP Bérengère Poletti avait envisagé de déposer un amendement, lors de la discussion du projet de loi Bachelot sur la santé, visant à autoriser les sages-femmes à pratiquer les IVG par voie médicamenteuse. La parlementaire ardennaise, sage-femme de profession, a finalement retiré son amendement : « Non pas suite aux mails obscurantistes - et je pèse mes mots - que j'ai reçus sur ce sujet-là », a-t-elle précisé la semaine dernière à l'AFP, « mais après discussion avec les sages-femmes », estimant « qu'elles n'étaient pas encore prêtes » et qu'il fallait les « consulter davantage ». Mme Poletti a d'ailleurs précisé qu'elle allait travailler avec le conseil de l'ordre des sages-femmes, notamment en diffusant un questionnaire sur cette question. L'amendement de Bérengère Poletti était le prolongement logique de son rapport, dans lequel elle pointait un certain nombre de difficultés en matière d'accès à l'IVG : en fonction des régions (notamment les Dom-Tom), du désengagement des établissements privés, ou encore de la démographie médicale (et notamment des gynécologues). Le rapport préconisait également d'autres pistes comme par exemple : « Inciter à la formation de réseaux de santé ville-hôpital pour la diffusion de la pratique des IVG médicamenteuses en médecine de ville, en formant les médecins généralistes, lancer une réflexion sur le mode de rémunération des IVG dans le contexte de la réforme du financement de l'hôpital et de la mise en place de la tarification à l'activité, afin d'éviter que ces actes soient une source de déficit qui menacerait leur pratique dans certains établissements, poursuivre et amplifier les actions d'information tendant à la diversification des modes de contraceptif ».
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Article paru le : 27 février 2009
info relevée par Valérie