Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /2009 14:59
Article issu du journal l'ardennais 

LE DOSSIER DU JOUR / Hôpitaux : la grande opération


 

Les hôpitaux peinant à recruter des médecins pourront leur proposer des contrats spécifiques, avec salaire variable.

• Un système hospitalier plus efficace et moins onéreux, c’est l’ambition du projet de loi en discussion à l’Assemblée nationale.
• Regrouper des hôpitaux, mutualiser les moyens, spécialiser des établissements, coopérer avec des cliniques, le tout sous une autorité unique : certains redoutent une « étatisation », d’autres une « privatisation » et un « désert médical ».

Ce qui devrait changer Regrouper les hôpitaux Le projet de loi « Hôpital, patient, territoire, santé » propose de créer des « communautés hospitalières de territoire » (CHT) regroupant des hôpitaux publics voisins. Il s'agit de mutualiser des moyens (plateaux techniques et équipements lourds, IRM, scanner…) et de spécialiser chaque établissement pour permettre une meilleure qualité de soins. Les opérations lourdes, la chirurgie de pointe et la maternité notamment seraient réservées aux grands hôpitaux, les plus petits étant incités à se reconvertir dans des soins de proximité (personnes âgées, rééducation…). Un patron pour l'hôpital Le directeur de l'hôpital devrait voir ses prérogatives accrues. Il présidera le conseil de surveillance et aura la haute main sur les finances. Il s'engagera dans des contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens. Son bras droit sera le président de la commission médicale d'établissement (CME), un médecin élu par ses pairs. Le conseil de surveillance, qui remplacera le conseil d'administration, ne sera plus forcément présidé par le maire de la commune où est situé l'hôpital. Des missions de service public (urgences, recherche…) pourront être confiées aux cliniques privées contre rétribution. En cas de dépassement d'honoraires exorbitants, l'Assurance-maladie pourra appliquer des sanctions financières. Recruter des médecins Les hôpitaux peinant à recruter des médecins pourront leur proposer des contrats spécifiques, avec une forte part de salaire variable en fonction de critères d'activité et de performance. Il s'agit de rendre les carrières hospitalières plus attractives. Un médecin hospitalier gagne en moyenne 80.000 euros par an en fin de carrière, contre 200.000 euros pour un cardiologue installé en cabinet. Le nombre d'internes sera fixé par ville universitaire et par spécialité pour combler les manques de chaque région. Sept jeunes médecins sur dix s'installent dans leur région d'études. Un pilote régional Des agences régionales de santé (ARS) coifferont à la fois les hôpitaux, la médecine de ville (généralistes comme spécialistes) et le secteur médico-social maisons de retraite, CAT...) pour les décloisonner. Présidées par les préfets de région, elles auront en charge l'organisation des soins, la prévention, l'éducation à la santé, la sécurité sanitaire et la maîtrise des dépenses. Les ARS remplaceront les agences régionales d'hospitalisation (ARH), les directions départementales des affaires sanitaires et sociales (DDASS) et les unions régionales des caisses d'assurance-maladie (URCAM). Elles devront élaborer un diagnostic régional de l'offre de soins et favoriser les projets de maisons de santé pluridisciplinaire et l'organisation des gardes. Dossier réalisé par Francis Dujardin *************************** Un milliard d'euros de déficit en 2009 4.000 : le nombre d'établissements hospitaliers en France, soit 1.300 établissements publics, 1.400 établissements privés à but lucratif - les cliniques - et 1.400 privés à but non lucratif. 450.000 : le nombre de lits disponibles. 1 million : le nombre de salariés dans les hôpitaux publics. L'hôpital est généralement le premier employeur de la commune. Avec plus de 6.000 agents et personnels, le CHU de Reims est le premier employeur de Champagne-Ardenne. Le centre hospitalier de Saint-Quentin, avec plus de 2.300 personnes, est le premier employeur de l'Aisne. Les dépenses de personnel représentent en moyenne 70 % du budget des hôpitaux. 13 millions : le nombre d'hospitalisations (plus d'une journée) par an. 20 millions : les Français qui recourent chaque année aux urgences, en augmentation de 5 % par an. 1 milliard d'euros : le montant estimé du déficit des hôpitaux publics pour l'année 2009. 206, 5 milliards d'euros : le montant des dépenses de santé en France en 2007, soit 10,9 % du PIB, dont une grande part de dépenses d'assurance-maladie. La France est le troisième pays de l'OCDE en matière de dépenses de santé, à quasi-égalité avec la Suisse et derrière les Etats-Unis. 70 % : le nombre de Français qui disent avoir confiance dans l'hôpital public. *********************** « Les petits établissements sont indispensables » Député-maire (PS) de Vervins (2.847 habitants), dans l'Aisne, et vice-président de l'Association des petites villes de France, pourquoi défendez-vous les petits hôpitaux de proximité ? Jean-Pierre Balligand.- Une campagne de dénigrement est orchestrée contre les petits hôpitaux, accusés de coûter chers et de dispenser des soins de moindre qualité. Cette opération vise en fait à promouvoir un système de santé basé sur la performance et la réduction des déficits en concentrant l'activité hospitalière dans des grosses structures. Démanteler les petits hôpitaux, c'est créer des déserts médicaux. C'est une régression pour la santé, surtout pour les gens les plus modestes. Pourquoi les petits hôpitaux ne coûtent-ils pas plus cher et ne sont-ils pas plus dangereux, selon vous ? J.P.B.- Ce qui coûte cher, c'est l'absence de complémentarité entre petites et grosses structures, ou encore le fait de traiter des pathologies bénignes dans un CHU ou un centre hospitalier régional surchargés, alors qu'elles pourraient être soignées dans des petits hôpitaux. Ce qui est dangereux, c'est de laisser des populations à plus d'une demi-heure du premier service d'urgences ou de la première maternité. Pour vous, les petits hôpitaux procèdent aussi de l'aménagement du territoire. Mais est-ce leur rôle ? J.P.B.- Les petits établissements sont indispensables. Ils font partie des vrais services de proximité rendus à la population, beaucoup plus qu'une perception. Les gens y sont très attachés. Ca les rassure de savoir qu'ils peuvent recevoir rapidement des soins de qualité. De plus, la présence d'un hôpital sur un territoire constitue un élément d'attraction pour les médecins libéraux et permet de lutter contre la désertification médicale. Mais il ne peut pas y avoir un scanner et un service de chirurgie de pointe dans chaque hôpital. J.P.B.- Bien sûr. C'est pour ça qu'il faut favoriser la recomposition de l'offre hospitalière en favorisant les coopérations entre établissements. Les petits hôpitaux doivent conserver un service d'accueil des urgences et disposer de lits de médecine. Par ailleurs, étant très proches de la population, ils sont les plus à même de servir de pivot à une véritable politique de prévention et d'éducation à la santé qui fait défaut en France. Pour les actes les plus pointus, ils envoient les patients vers des structures spécialisées. Ce qui n'empêche pas de développer dans les petits hôpitaux la télémédecine et la téléchirurgie en coopération avec les gros établissements. Mais il faut leur donner les moyens financiers de se moderniser et ne pas concentrer l'aide que sur les grosses structures. Le projet de loi « Hôpital, patients, santé, territoires » actuellement en discussion à l'Assemblée, propose de créer des communautés hospitalières de territoire. Qu'en pensez-vous ? J.P.B.- C'est une avancée s'il s'agit de développer la coopération et la mise en réseau entre établissements hospitaliers, petits et gros. C'est la pire des choses s'il ne s'agit que de précipiter la fermeture de petits établissements et de renoncer au principe de proximité. ********************** A Vouziers, l'hospitalisation à domicile « Il a bien fallu réorienter le centre hospitalier de Vouziers », explique le docteur Yves Zylberberg, casquette sur la tête, stéthoscope glissé entre la blouse blanche et le blouson. Le bloc opératoire dernier cri est fermé depuis six mois. Plus de chirurgien, plus d'anesthésiste. Plus de maternité non plus. Pour les coloscopies et les fibroscopies, c'est fini aussi. Il faut se rendre au centre hospitalier de Rethel, à 30 kilomètres, 20 minutes en voiture. Les deux établissements font partie du Groupement hospitalier Sud-Ardennes (GHSA). Celui-ci dispose d'accords de coopération avec le CHU de Reims et le groupe rémois Courlancy de cliniques privées qui envoient des chirurgiens opérer au centre hospitalier de Rethel selon le type d'intervention. « On ne peut pas avoir des scanners et des équipes chirurgicales dans tous les hôpitaux. Il faut concentrer dans un lieu les compétences et les moyens pour offrir aux patients une sécurité médicale. On diminue d'autant les risques », justifie le praticien qui prône la spécialisation des établissements. Le centre hospitalier de Vouziers a déjà pris le pli. Depuis sept mois, il a mis en place un service d'hospitalisation à domicile (Had), qui s'ajoute aux autres services qui ont été maintenus : un accueil pour les urgences, un service de médecine générale avec 25 lits, un service de convalescence avec 25 lits également et une maison de retraite de 190 lits au sein de l'établissement. « On guérit mieux » « Notre service d'hospitalisation à domicile installe une véritable chambre d'hôpital chez le patient avec lit médicalisé, matelas anti-escarre, fauteuil ergonomique, potence à perfusions. Nos équipes d'infirmières et d'aides-soignantes disposent de lève-malades et de tout le matériel moderne pour le confort du patient. C'est l'avenir », assure, enthousiaste, le docteur Zylberberg, médecin coordonnateur de ce nouveau service. La plupart des six patients suivis actuellement sortent de l'hôpital. Le plus jeune a 40 ans, le plus âgé en a 90. Ils devraient passer à 15 en avril prochain et à 25 à l'été 2010. L'équipe actuelle de huit personnes (médecin, infirmières, aides-soignantes, cadre de santé, secrétaire), devrait doubler. Le service est appelé à intervenir sur un vaste territoire quasi essentiellement rural : 70 km de long sur 40 de large au sud-est du département des Ardennes où vivent 30.000 personnes. Il dispose de ses propres ambulances. « On guérit mieux à domicile », assure le docteur Zylberberg, « le patient a déjà l'impression d'aller mieux rien qu'en rentrant chez lui. Il retrouve sa maison, sa famille, ses habitudes. En plus, il y a moins de risque de maladie nosocomiale ». Quant aux personnes en fin de vie qui ont besoin de soins palliatifs, « beaucoup se sentent apaisées de pouvoir se retrouver parmi leurs proches », selon lui. Les patients conservent leur médecin traitant et leur infirmière habituelle. Dernier avantage, et non des moindres, selon le praticien : l'hospitalisation à domicile permet de réaliser d'importantes économies. Le docteur Zylberberg n'a même pas besoin de sortir sa calculette : « Avec un prix de journée de l'ordre de 300 euros, ça coûte moitié moins cher qu'une hospitalisation en médecine ». ********************* « Privatisation » ou « étatisation » ? Syndicats et partis de gauche en particulier, mais aussi des médecins et personnels hospitaliers dénoncent un risque de « privatisation » mais également d'« étatisation » de la santé. Pour eux, le projet de loi de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot vise à faire des hôpitaux des entreprises qui sélectionneraient les malades les plus rentables. Depuis 2008, les hôpitaux sont entièrement financés par une tarification à l'activité (T2A) et non plus par une dotation globale. La rémunération à l'acte permet, en théorie, de délivrer les ressources en fonction de l'activité réelle des établissements. Ce système est profitable pour le privé, mais pas pour l'hôpital, qui accueille des patients plus âgés, en situation précaire ou avec des pathologies plus graves, estiment ses opposants. Le ministère de la Santé annonce des ajustements, notamment pour la prise en charge des patients les plus démunis. Quant à l'accusation de « caporalisation », elle vise la prédominance du directeur de l'hôpital, un gestionnaire. C'est lui qui sera le vrai patron, chargé, selon les détracteurs du projet, de « faire de la rentabilité » sous la houlette des préfets qui coifferont toute l'activité de santé dans chaque région, « une étatisation ». dossierjour

Auteur :
Article paru le : 24 février 2009

info relevée par Valérie

Par vincent
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